Premières lignes | La première fois qu’on m’a embrassée je suis morte

Hello Stranger, comment vas-tu ? Je te présente les premières lignes d’une lecture légère et très sympathique que j’ai lu début mai : La première fois qu’on m’a embrassé je suis morte de Colleen Oakley. Une très bonne lecture, d’ailleurs mon avis dessus arrive bientôt !

Un jour, un garçon m’a embrassée et j’ai failli en mourir.

Je me rends compte qu’on peut facilement prendre cette phrase pour le début du récit mélodramatique d’une adolescente, raconté d’une voix stridente et ponctué de cris perçants. Mais je ne suis pas une adolescente. Et je le dis dans un sens on ne peut plus littéral. Voilà comment ça s’est passé.

Un garçon m’a embrassée.
Mes lèvres ont commencé à me picoter.
Ma langue a enflé pour emplir ma bouche.
Ma trachée s’est fermée, me coupant le souffle.
Tout est devenu noir.
C’est déjà assez humiliant de tourner de l’œil juste après son premier baiser, et encore plus quand on apprend que le garçon en question ne vous a embrassée que pour gagner un pari ; que votre bouche est si intrinsèquement inembrassable qu’il lui a fallu 50 dollars pour le convaincre de poser ses lèvres sur les vôtres.
Pire que tout : j’avais parfaitement conscience que ce baiser pouvait me tuer. Du moins, en théorie.
À l’âge de six ans, on m’a diagnostiqué une dermatite de contact de type IV aux cellules cutanées humaines étrangères. C’est le jargon médical pour dire que je suis allergique aux autres gens. Oui, aux gens. Eh oui, c’est rare : nous ne sommes qu’une poignée dans toute l’histoire de l’humanité à en avoir été atteints.
En substance, je me couvre de plaques purulentes dès que la peau de quelqu’un entre en contact avec la mienne. Le médecin qui a fini par me diagnostiquer a également émis la théorie que mes réactions les plus graves – les épisodes anaphylactiques – étaient dues soit à une réaction de mon corps à un contact cutané prolongé, soit au fait que j’avais partagé une boisson avec quelqu’un et que sa salive était arrivée dans ma bouche. « Ne plus jamais partager ni nourriture ni boisson. Plus de câlins. Plus de contacts. Plus de baisers. Tu pourrais en mourir », m’avait-il dit. Malheureusement pour moi, j’étais une jeune fille de dix-sept ans, aux mains moites, aux jambes flageolantes, à quelques centimètres des lèvres de Donovan Kingsley, et je ne songeais pas vraiment aux conséquences potentiellement funestes. Sur le moment – ces quelques secondes où le souffle me manque, où ses lèvres se posent sur les miennes – j’avoue que ça semblait presque valoir le coup.
Jusqu’à ce que j’apprenne pour le pari.
En rentrant de l’hôpital, je suis allée droit dans ma chambre. Je n’en suis pas ressortie, même s’il ne restait que deux semaines avant de finir ma terminale. Mon diplôme m’a été envoyé par courrier pendant l’été.
Trois mois plus tard, ma mère a épousé Lenny, directeur d’une chaîne de stations-service de Long Island. Elle a fait sa valise – une seule – et s’en est allée.

C’était il y a neuf ans. Depuis, je n’ai plus quitté la maison.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s